Victor Hugo (1802-1885)
Taches
Vers 1857
Plume et lavis d’encre brune, rehauts de gouache blanche sur papier beige cartonné
130 x 250 mm

Publications :
Jean Massin, Bernadette Grynberg, Victor Hugo. Œuvre graphique, 1967 – 1969, II, n°578
Pierre Georgel, Dessins de Victor Hugo, catalogue d’exposition, Villequier, musée de Victor Hugo, juin – octobre 1971, Paris, Maison de Victor Hugo, novembre 1971 – janvier 1972, n°109
Judith Petit, Marie-Laure Prévost, Roger Pierrot, Soleil d’encre. Manuscrits et dessins de Victor Hugo, catalogue d’exposition, Paris, Petit Palais, 1985, n°214
Jean-Jacques Lebel, Marie-Laure Prévost, Victor Hugo : du chaos dans le pinceau, catalogue d’exposition, Madrid, museo Thyssen-Bornemisza, 2000, Paris, Maison de Victor Hugo, 2000 – 2001, n°175

Expositions :
Dessins de Victor Hugo, Villequier, musée de Victor Hugo, juin – octobre 1971, Paris, Maison de Victor Hugo, novembre 1971 – janvier 1972, n°109
Soleil d’encre. Manuscrits et dessins de Victor Hugo, Paris, Petit Palais, 1985, n°214
Victor Hugo : du chaos dans le pinceau, Madrid, museo Thyssen-Bornemisza, 2000, Paris, Maison de Victor Hugo, 2000 – 2001, n°175

« Ah ! Vous connaissez mes barbouillages ? qui ne sortent du reste pas trop présomptueusement de mon principal métier car je les fabrique avec les deux bouts de mon même outil, c’est à dire dessinant avec 
le bec d’une plume d’oie et peignant avec des poils de barbe » explique Victor Hugo à propos de ses dessins 
tachistes. Apparue avant l’exil, la pratique des taches est omniprésente dans son œuvre graphique. 
À partir d’une tache d’encre, l’artiste fait naître une forme et parfois un dessin.

Notre feuille, réalisée en 1857 pendant l’exil à Guernesey, est caractéristique de l’évolution considérable 
du tachisme de Victor Hugo à cette période. Recherches techniques et recherches poétiques convergent ; l’artiste privilégie des compositions informelles faites de longues coulées d’encre spontanées. « La Tache d’encre est devenue traînée d’encre, pratique nouvelle au service d’une nouvelle rêverie ». Hugo préfigure ainsi les techniques expérimentales du surréalisme et de l’expressionnisme abstrait.

Dans notre paysage nocturne, on devine quelques constructions ou ruines, l’eau et le ciel écrasant. Victor Hugo exploite toutes les nuances du noir, en jouant avec les différentes techniques de taches, de dilution et de saturation. Les éléments : ciel, terre, mer, semblent se mêler et confèrent à l’œuvre une dimension étrange – comme tourmentée. Sous l’effet du brouillard, le paysage se dilue dans les voiles d’encre, les formes se liquéfient dans l’humidité du papier mouillé. À l’image des éléments naturels, les matériaux s’amalgament en une substance à la fois riche en nuances et presque indifférenciée. À la frontière de 
la figuration et de l’abstraction, des morceaux d’architectures en ruine émergent, mangés par la nuit.

L’intérêt de Hugo pour l’architecture se manifeste dans les nombreuses études de maisons et de châteaux, 
réels ou imaginaires, qu’il réalise tout au long de sa carrière. Les habitations inachevées ou en ruine 
des hameaux de l’île inspirent l’artiste. Dessinés avec une multitude de matériaux, notamment de l’encre brune et du lavis souvent appliqués avec un pinceau ainsi qu’au doigt ou au pochoir, ces morceaux d’architecture deviennent mystère et poésie.
C.S.