Bernard Boutet de Monvel (1881-1949)
Scène érotique
Vers 1940
Crayon sur papier calque

542 x 468 mm
Cachet de la vente d’atelier en bas à droite

Inscription en haut au centre : « Mme Tsang.17 R.de la Liberté. Vincennes. / Brune (dessus) Leonie Roubaud – / Blonde ?? (dessous) Janine Ferrari / 14 R. Theophile Roussel »


Né en 1884 et mort en 1949, Bernard Boutet de Monvel n’a ignoré aucune des tendances artistiques ayant cours pendant sa carrière : il emprunte aux impressionnistes leur goût pour la lumière, aux cubistes la géométrisation de la ligne, aux futuristes l’utilisation du réel pour préfigurer l’avenir. Il ne s’est toutefois assimilé à aucun de ces courants et n’a jamais cédé à la tentation de la déformation de l’image. Peintre de la mesure, il demeure attaché à la réalité. Cet artiste fier et isolé se définit avant tout comme un peintre mondain, qui laisse une œuvre très personnelle.

Originaire de Meudon, il étudie d’abord auprès de son père, Louis-Maurice Boutet de Monvel, qui lui transmet sa technique rigoureuse du dessin. Il se forme ensuite chez le peintre académique Luc-Olivier Merson et chez le sculpteur Jean Dampt. Il commence à réaliser quelques portraits et à exposer dans divers salons à partir de 1903. Le peintre se spécialise également dans la mode en réalisant quelques vignettes spirituelles pour les magazines Vogue et la Gazette du Bon Ton.

À l’annonce de la Première Guerre mondiale, il se livre à un autodafé de ses propres œuvres en réalisant ce qu’il appelle lui-même « un grand massacre de vieilles saletés ». L’artiste participe à l’expédition de Salonique en tant qu’aviateur de l’Armée Française d’Orient. Affecté à Fès en 1918, il est charmé par la ville et reste au Maroc jusqu’en 1925. Il exécute alors des paysages orientalistes. Inspiré par la lumière du soleil marocain, ses œuvres gagnent une nouvelle force.

De retour à Paris, il se consacre de nouveau aux thèmes mondains. À l’aide de la règle et du compas, il met en place un style géométrique original. Cette « peinture rectiligne » pose, à travers la figure du dandy, les premières bases de la peinture Art Déco. L’artiste est lui-même considéré comme une icône d’élégance. Dans le Journal des Dames et des Modes et la Gazette du Bon Ton où ses illustrations paraissent aux côtés de celles de Pierre Brissaud, Georges Lepape, Charles Martin et Georges Barbier. Il reçoit des commandes de panneaux décoratifs pour les luxueux intérieurs Art Déco de la princesse Faucigny-Lucinge, Jane Renouardt et Jean Patou, et décore son propre hôtel particulier.

Boutet de Monvel découvre New York en 1926, à l’occasion d’une exposition de son œuvre aux Anderson Galleries. À l’instar de nombreux artistes européens, victimes des difficultés économiques de leur pays, notre peintre vient chercher fortune dans cette « nouvelle Babylone ». Aux États-Unis, Boutet de Monvel découvre une tradition réaliste fortement enracinée et un contexte propice à son intégration. À son arrivée, l’artiste est accaparé par des mondanités incontournables, ses obligations pour Harper’s Bazar et Delineator, ainsi que par l’affluence des premières commandes de portraits, notamment pour les membres de la Café Society.

Quand le krach boursier de 1929 marque la fin de l’insouciance et de la prospérité, il s’attache à peindre la ville entre abstraction et réalisme photographique. Au cours des années 1930, il continue de peindre des portraits new-yorkais et se fait construire à Palm Beach une villa appelée la « Folie Monvel ». De retour en France pendant la Seconde Guerre mondiale, il peint sa célèbre série des bouquinistes sur les quais de Seine à Paris. Il meurt en 1949 lors du crash d’un avion reliant Paris et New York.

Notre dessin érotique est unique dans la production de l’artiste. Probablement réalisé vers 1940, il est lié à un projet d’illustration pour un ouvrage jamais publié. D’après l’inscription figurant en haut de la feuille, il met en scène deux modèles : une brune, Léonie Roubaud et une blonde, Janine Ferrari. La mise au carreau et le trait géométrique du dessin sont typiques des études préparatoires de l’artiste visant à être reportées en peinture ou en illustration.
AD.