Ambroise Duchemin
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Vendu

Gustave Courbet

1819–1877

Portrait d’homme

Vers 1847–1850
Huile sur toile
61 x 50 cm
Monogrammé en bas à droite : « G.C. »

Originaire d’Ornans en Franche-Comté, Gustave Courbet est issu d’une famille de propriétaires terriens. Son père, éleveur et agriculteur, possède une ferme à Flagey. Courbet fréquente, entre 1831 et 1837, le petit séminaire de sa ville natale, puis un pensionnat dirigé par l’un de ses parents, l’Abbé Oudot. À l’âge de quatorze ans, il est sensibilisé à la peinture par le Père Claude-Antoine Beau, un élève du Baron Gros. À partir de 1837, Courbet poursuit sa formation artistique auprès de Charles-Antoine Flajoulot, disciple de Jacques-Louis David et professeur de dessin à l’École des beaux-arts de Besançon. Le jeune peintre illustre les Essais poétiques de son ami Max Buchon, rencontré quelques années plus tôt à Ornans. Courbet arrive à Paris à la fin de l’année 1839, afin de suivre les études de droit auxquelles son père le destine. Il abandonne cependant cette voie sans tarder, préférant fréquenter les ateliers de Charles de Steuben et de Nicolas-Auguste Hesse, qui encouragent sa vocation artistique. Courbet prend très vite des libertés vis-à-vis de l’enseignement de ses maîtres et c’est surtout au musée du Louvre qu’il se forme en copiant les peintres du XVIIe siècle espagnol (Diego Vélasquez et Francisco de Zurbarán) et hollandais (Rembrandt et Frans Hals).

Au cours de la première moitié des années 1840, il envisage de peindre des tableaux d’histoire ou religieux, tout en réalisant des portraits et des paysages. Après avoir essuyé trois refus successifs au Salon, il peut exposer pour la première fois en 1844 son Autoportrait au chien noir.

Cependant, il continue de subir les échecs au cours des éditions suivantes, avec seulement trois œuvres acceptées avant 1848. Dans la seconde moitié des années 1840, Courbet commence à fréquenter la brasserie Andler, rue Hautefeuille, où il rencontre les artistes Antoine Barye, Camille Corot, Honoré Daumier, Louis Français et des écrivains ou critiques dont Charles Baudelaire, Champfleury et Jules Vallès.
Il voyage en Hollande en 1847 où il admire les grands formats de Frans Hals, Rembrandt et leurs contemporains. Cette découverte l’amène à réfléchir à de grandes compositions, pour aboutir à L’Après-dinée à Ornans (ill. 1). Exposée, avec dix autres tableaux, au Salon de 1849, la toile est acquise par l’État pour le musée de Lille et propulse Courbet sur les devants de la scène. Le tableau clôt la période de jeunesse de l’artiste et amorce le temps de la consécration.

L’obtention d’une seconde médaille d’or pour L’ Après-dinée dispense Courbet de soumettre ses œuvres au jury du Salon. L’année suivante, en 1850, Courbet envoie neuf tableaux, dont le monumental Enterrement à Ornans. En peignant une scène ordinaire d’une petite ville de province sur une toile de près de trois mètres sur sept, Courbet cherche à élever la représentation du monde rural au niveau de la peinture d’histoire, à laquelle les grands formats sont habituellement réservés. Le titre initial, Tableau de figures humaines, historique d’un enterrement à Ornans, traduit l’ambition du peintre d’en faire le manifeste d’un art nouveau dont il serait le leader. Évènement principal du Salon, la toile accapare le public, déchaine les passions et établit Courbet comme le chef de file de l’école réaliste.

Notre portrait appartient à cette période déterminante de la carrière de l’artiste. Il tient vraisemblablement de la fin des années d’apprentissage et précède ou jouxte L’Enterrement à Ornans. L’analyse du cachet de marchand de couleur au dos de la toile par Pascal Labreuche permet une première datation. Le tampon indique : « Rue Mr le Prince / 53 / Duriez, Papetier / Tient les Articles de / Peinture & de Dessin » (ill. 2), maison active à cette adresse de 1813 à 1852.

Techniquement, notre tableau apparait postérieur aux premières œuvres parisiennes et aux premiers autoportraits qui trahissent encore un artiste cherchant son art. On peut toutefois le rapprocher de L’Homme à la ceinture de cuir (ill. 3) dans lequel Courbet se confronte pour la première fois aux maîtres anciens. Peint par-dessus une copie de L’homme au gant de Titien, cet autoportrait aux références italiennes et espagnoles est une des premières œuvres abouties de l’artiste. On y trouve la même matière dense et les empâtements marqués de notre tableau. Néanmoins, notre portrait d’homme est affecté par la leçon de Rembrandt. Le cadrage en buste, la pose en demi-profil avec une expression autoritaire au regard intense mais au visage fermé témoignent de l’admiration du jeune peintre pour le maître hollandais (ill. 4). Plastiquement, les carnations, le traitement en aplats superposés, l’usage de l’ombre autour des yeux et les puissants effets de clair-obscur prouvent une parfaite assimilation de la technique rembranesque. Notre tableau peut donc être situé après le voyage en Hollande de 1847. D’autre part, l’absence d’utilisation du couteau à palette et le rendu très fidèle, presque photographique, du modèle plaident pour une réalisation avant L’Enterrement à Ornans, donc au plus tard en 1850.

Courbet a peint des portraits toute sa vie, représentant souvent ses proches : sa famille, les habitants d’Ornans, ses amis, peintres, critiques ou mécènes. Notre modèle, âgé d’une soixantaine d’années, richement vêtu mais à l’apparence austère, dut graviter dans l’entourage du peintre. Ce portrait, inédit, apporte une pierre de plus à la connaissance de l’œuvre de Courbet au tournant des années 1850, période charnière où l’artiste arrive à maturité et embrasse la voie qui marquera la génération impressionniste et la peinture moderne.

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ill. 2
Détail de la marque Duriez au dos de la toile de notre tableau
© Pascal Labreuche 2018.
ill. 3
Gustave Courbet
L’Homme à la ceinture de cuir
Vers 1845–1846
Huile sur toile
100 x 82 cm
Paris, musée d’Orsay.
ill. 4
Rembrandt
Autoportrait
1669
Huile sur toile
65,4 x 60,2 cm
La Haye, Mauritshuis