Charles Maurin (1856-1914)
Portrait de la femme de l’artiste de profil, vers 1890-1892
Gouache sur papier, 134 x 109 mm (ovale)
Trace de signature en bas au centre : « M »
Inscription au dos du montage : « Mme Maurin / Par / Charles / Maurin »

Les années 1890 constituent la période la plus audacieuse, la plus féconde et la plus moderne de Charles Maurin. Il s’oriente vers une peinture symboliste, teintée de mystère et d’une profondeur nouvelle. Il se tourne vers l’étrange et l’insolite. L’artiste rebel, qui se définit comme un anarchiste de cœur, écrit alors dans les Temps nouveaux et expose au Salon de la Rose+Croix. Les œuvres de Maurin ont un modelé tantôt réaliste, marqué par une indéniable pureté expressive, tantôt cerné à la manière du vitrail. Notre petite gouache date des toutes premières années de cette décennie féconde. L’influence des artistes nabis est nettement perceptible dans l’utilisation d’aplats de couleur juxtaposés. La manière de cerner les formes de ramifications bleues épaisses issues de l’estampe japonaise est caractéristique des œuvres produites par Maurin en 1891-1892. On la retrouve par exemple dans son célèbre Portrait de Rupert Carabin (ill.1) ou dans L’Aurore du travail conservée au musée de Saint-Etienne.

La représentation de la femme est centrale dans l’œuvre de Maurin. On la croise dans des poses variées et dans tous les thèmes traités par l’artiste. Elle est ainsi représentée dans ses occupations journalières, comme la toilette, en allégorie ou plongée dans des rêveries symbolistes. Elle est très souvent incarnée par sa compagne Eugénie Debray dont le visage anguleux influence le canon des figures de l’artiste si elles ne lui empruntent pas directement les traits. Par son format ovale, découpé par les soins de Maurin sur une feuille de papier, et la pose du modèle, notre gouache peut être vue comme un portrait en médaillon. Comme souvent aux siècles précédents, ces petites œuvres montées dans des médailles facilement transportables permettaient de conserver avec soi l’image d’un être cher, ici la compagne du peintre.
Ill.1 : Charles Maurin, Portrait de Rupert Carabin, 1892, huile sur toile, 45 x 37 cm, Le Puy-en-Velay, musée Crozatier.