Louis Anquetin (1861-1932)
Portrait d’Arsène Alexandre (1859-1937)
1893
Huile sur toile
61,2 x 50 cm
Signé et daté en bas à gauche : « Anquetin 93 »
Provenance :
Collection Arsène Alexandre (1859-1937)
Par descendance

Exposition :
L’Exposition des portraits des Écrivains et Journalistes du siècle (1793-1893), Galerie Georges Petit, Paris, 1893, n°897


Né dans une famille bourgeoise de l’Eure, Louis Anquetin manifeste dès l’enfance une passion pour le dessin et affirme sa volonté de peindre. Il s’installe à Paris en 1882 où il commence des études d’art. Il est d’abord l’élève de Léon Bonnat avant d’entrer dans l’atelier libre de Fernand Cormon. Au cours des quatre années qu’il passe chez le maître, il fait la connaissance d’Henri de Toulouse-Lautrec, Émile Bernard et Vincent Van Gogh. Ensemble, ils visitent le Louvre et découvrent les dernières innovations artistiques à la galerie Durand-Ruel. Anquetin s’intéresse d’abord à l’impressionnisme après avoir rencontré Claude Monet et tente quelques expériences picturales, puis se rapproche du divisionnisme de Georges Seurat et Paul Signac. Ses diverses expérimentations techniques aboutissent à l’invention du « cloisonnisme », avec Émile Bernard en 1887. Cette méthode, inspirée des estampes japonaises collectionnées par Van Gogh, de la peinture de Paul Gauguin et des idées des deux artistes, consiste à cerner les formes d’un trait noir et à poser les couleurs en aplats. Cette innovation le rend célèbre et l’installe sur les devants de la scène de l’art moderne.

Les dix premières années de la carrière d’Anquetin (1883-1893) montrent une évolution constante du style de l’artiste jalonnée de plusieurs périodes distinctes : réalisme, romantisme, impressionnisme, divisionnisme, cloisonnisme, linéarisme et expressionnisme. Notre portrait appartient à cette dernière phase : l’expressionnisme. Cette période est marquée par des recherches sur l’huile, la matière et le rendu du volume inspirées des grands artistes du siècle : Gustave Courbet, Édouard Manet et Paul Cézanne. Notre tableau témoigne de ces expériences dans le rendu des couleurs et la touche grasse divisée en plusieurs blocs de matière dense. Dans la seconde moitié des années 1890, Anquetin revient à un métier plus classique inspiré de la peinture de Pierre-Paul Rubens qu’il découvre avec fascination lors d’un voyage en Hollande. Il adopte alors une esthétique néo-rubénienne qu’il ne quitte plus jusqu’à la fin de sa vie en 1932.

Arsène Alexandre (1859-1937), grand collectionneur et critique d’art des dernières années du XIXe siècle fut un fervent défenseur de l’art innovant d’Anquetin. Notamment connu pour avoir inventé avec Félix Fénéon le terme « néo-impressionnisme », il prit souvent le parti des artistes avant-gardistes et préfaça plusieurs de leurs expositions ou ventes. Sa collection comportait des œuvres d’Honoré Daumier, Paul Cézanne, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Georges Seurat, Henri de Toulouse-Lautrec, Henri Fantin-Latour et donc d’Anquetin. Il commanda sans doute son portrait à Anquetin pour le faire figurer dans L’exposition des portraits des écrivains et journalistes du siècle (1793-1893) qui eut lieu à la Galerie Georges Petit en 1893. Organisée par l’Association des journalistes parisiens, l’exposition avait pour objectif de célébrer les grands esprits du siècle qui permirent l’avènement de la presse. Le portrait d’Arsène Alexandre par Anquetin y figura au n°897.

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