Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929 )
Robert Bouroult en Saint-Jean, étude préparatoire pour « Stabat-Mater »
1925

Mine de plomb, sanguine, pastel et craie blanche sur papier
276 x 200 mm
Signé et daté en bas à gauche : « PAJ. Dagnan-B 1925 »
Provenance :
Collection Henri Amic (1853-1929)


Élève d’Alexandre Cabanel et de Jean-Léon Gérôme, Pascal-Adolphe-Jean Dagnan-Bouveret fait son entrée au Salon en 1875. Il consacre ses débuts aux scènes de genre d’un réalisme descriptif qui lui valent un premier grand succès : Une noce chez le photographe. Sous l’influence de Jules Bastien-Lepage, il s’oriente vers le mouvement naturaliste, dont il devient l’un des chefs de file. Il quitte Paris pour s’établir en Franche-Comté où il se consacre à des sujets tirés de la vie quotidienne rurale. Le succès remporté par Chevaux à l’abreuvoir au Salon de 1885, coïncidant avec la mort prématurée de Bastien-Lepage, le désigne comme le principal successeur de ce dernier. Le naturalisme de Dagnan-Bouveret n’est pas le fruit d’une peinture composée sur le vif. Dans sa volonté de réalisme, l’artiste recourt à la photographie pour mieux fixer sur la toile ces scènes de la vie paysanne. Il organise, dans son atelier, un espace où ses modèles viennent poser individuellement et se faire photographier. Les dessins pris d’après le modèle vivant et les études photographiques sont ensuite incorporés dans la composition finale. Ce naturalisme recomposé par le truchement du dessin et de la photographie confère à ses tableaux un lyrisme étrange et fascinant.

Dans les années 1890, l’art de Dagnan-Bouveret devient de plus en plus spirituel. Il participe au renouvellement de la peinture religieuse par son engagement mystique et son ouverture au symbolisme. Fervente catholique, sa femme Anne-Marie encourage ses inclinaisons pieuses. Dans les premières années du XXe siècle, Dagnan-Bouveret multiplie les œuvres religieuses ambitieuses : In Excelcis en 1907, le Vendredi Saint en 1917, Mater Dolorosa en 1920, Stabat Mater en 1926 et le monumental Via Dolorosa en 1927. Nombre de ces œuvres sont peintes pendant et après la Première Guerre mondiale. Elles font référence aux pertes humaines considérables subies par les français et touchant directement la famille Dagnan-Bouveret, dont le fils Jean meurt en 1918. Cette terrible disparition plonge les parents dans le désespoir et contribue à fragiliser la santé d’Anne-Marie qui disparait à son tour en 1926. Dans ce contexte, la toile Stabat Mater (ill. 1), que prépare notre dessin, peut être considérée comme l’expression de la foi inébranlable de l’artiste face aux malheurs qui l’accablent. Le sujet évoquant la souffrance de Marie lors de la crucifixion de son fils renvoie à l’histoire personnelle de l’artiste qui utilise les traits de sa femme pour représenter la Vierge. En hommage à son fils, il place un saint Jean dans la composition pour lequel il fait poser l’élève dont il était le plus proche : Robert Bouroult (1893-1971). Son jeune disciple incarne alors la figure du fils perdu dans une œuvre à l’émotion très personnelle.
AD.
Ill. 1 : Pascal Dagnan-Bouveret, Stabat Mater (1925), huile sur toile, dimensions inconnues, Quincey, église paroissiale.