Luc-Olivier Merson (1846-1920)
Eurydice
Eurydice
Vers 1889
Gouache et émulsion d’or sur panneau
41 x 29,8 cm
Monogrammée en bas à gauche : « LOM »

Exposition :
Rennes, musée des Beaux-Arts, L’étrange Monsieur Merson, 10 décembre 2008–8 mars 2009

Bibliographie :
Francis Ribemont, Anne-Blanche Stévenin, L’étrange Monsieur Merson, Lyon, éditions Lieux Dits, 2008, pp.166-167, n°69 et 70

Fils du peintre et critique d’art Charles-Olivier Merson, Luc-Olivier Merson débute sa formation artistique dans l’atelier de Gustave Chassevent à l’École de Dessin de Paris avant d’intégrer celui d’Isidore Pils à l’École des beaux-arts. Dès 1866, le jeune artiste expose au Salon. Trois ans plus tard, Merson est lauréat du prestigieux Prix de Rome et devient ainsi pensionnaire à la Villa Médicis. Fortement marqué par les grands maîtres italiens, il se consacre à la peinture historique et religieuse. De retour en France en 1875, l’artiste est récompensé d’une médaille de première classe au Salon de la même année pour son tableau Le Sacrifice à la Patrie, commémorant les victimes de la guerre de 1870. Entre 1906 et 1911, Merson dirige son propre atelier à l’École des beaux-arts où il forme des artistes tels que Bernard Boutet de Monvel et Louis Barillet.

Merson est l’auteur de grandes peintures murales parisiennes, notamment pour le Palais de Justice en 1877, le cabinet du recteur de la Sorbonne, le grand escalier de l’Opéra Comique et enfin, de l’escalier des fêtes et les coupoles des salons d’arrivée de l’hôtel de ville. Il illustre aussi des ouvrages de ses célèbres contemporains – Victor Hugo, Gustave Flaubert, Prosper Mérimée et Alfred de Musset – et dessine même des modèles de billets pour la Banque de France. L’artiste décline l’art sous toutes ses formes, toujours curieux et soucieux du travail qu’il accomplit, peu importe le domaine.

Notre paire de gouaches est un projet d’ornement pour un cabinet en bois de noyer pensé par l’architecte Paul Sédille et réalisé par le sculpteur André-Joseph Allar (ill. 1), qui a été présenté à l’Exposition universelle de 1889. Les émaux ont été réalisés d’après ces deux modèles par Alexandre-Frédéric Charlot de Courcy. Le premier panneau représente Orphée jouant de la lyre d’un geste dramatique, la tête jetée en arrière et la bouche ouverte. Merson montre ce héros au paroxysme du désespoir. Le second panneau, aussi émouvant que son pendant, montre le retour définitif d’Eurydice dans le monde des morts. Son corps en lévitation dans les airs se détourne des fumées émergeant de l’Enfer, son regard est vide. Le corps athlétique d’Orphée et les drapés lourds qui l’enveloppent sont traités de façon néoclassique tandis que la chevelure et les drapés fluides d’Eurydice évoquent, quant à eux, le symbolisme et l’Art nouveau.
Ill. 1 : Paul Sédille, Cabinet néo-Renaissance en bois de noyer, Marseille, château Saint-Victor.