Charles Jacque (1813-1894)
L’amitié
Vers 1845

Crayon noir sur papier
193 x 154 mm
Inscription en bas à gauche : « L’amitié ».


Né à Paris dans un milieu modeste, Charles Jacque rencontre très jeune son voisin Louis Cabat qui lui fait découvrir les estampes de la Bibliothèque nationale. Très tôt tourné vers le dessin, il travaille quelques années pour un fabriquant de cartes et grave ses premières eaux-fortes. Après avoir servi dans l’armée, il se tourne vers l’illustration d’ouvrages littéraires et réalise quelques gravures érotiques. Il séjourne en Angleterre et voyage en Hollande où il peut admirer l’œuvre des maîtres du XVIIe siècle. En 1842, la vente de l’atelier de Georges Michel le fascine, il achète plusieurs tableaux et se met à peindre des paysages et scènes de plein air.

Charles Jacque rencontre Jean-François Millet en 1845. Ils se lient d’amitié et partent s’installer ensemble à Barbizon en 1849, où ils sont rejoints par nombre d’autres peintres pour former l’école éponyme. Jacque et Millet y sont voisins, partagent un temps le même atelier et peignent ensemble des paysages dans la forêt de Fontainebleau. L’influence de Millet est déterminante sur l’art de Jacque qui lui emprunte en peinture sa touche serrée et sa matière grasse, sa touche serrée et sa matière grasse et en dessin, son fusain rapide et hachuré. Les deux hommes sont certainement ensemble lorsque Jacque trace notre dessin qui évoque indéniablement Les Amants (ill. 1), feuille magistrale de Millet rappelant la période fleurie au cours de laquelle l’artiste s’essaie à des œuvres libertines empruntant aux peintres du XVIIIe siècle français. La composition choisie par Millet dérive ainsi d’œuvres plus anciennes, notamment du Hercule et Omphale de François Boucher, mais substitue au prétexte mythologique l’intimité paysanne. Il transpose une source classique dans une scène réaliste à l’érotisme poignant. L’approche de Jacque de la composition est plus grivoise, son trait est plus schématique et s’attarde sur les détails de l’acte sexuel. En présentant deux femmes et en intitulant sa feuille L’amitié, il se déconnecte complètement des sources classiques évoquées par Millet et présente plutôt une scène de genre anecdotique et fantasmée.
AD.
Ill. 1 : Jean-François Millet, Les Amants, vers 1846-1850, crayon noir sur papier, 352 x 233 mm, Chicago, The Art Institute.