Angel Zarraga (1886-1946)
La Condamnation du Christ
1938

Gouache sur carton
214 x 214 mm
Signé en bas à gauche : « Angel ZARRAGA »
Daté en bas à droite : « 1938. »



Angel Zárraga se forme à l’Académie des beaux-arts San Carlos à Mexico où il suit les cours de Julio Ruelas et de Germain Gedovius. Il voyage en Europe à partir de 1904, étudiant à Bruxelles, Florence, Madrid et Tolède. Ses premiers ouvrages commémorent l’élégante sécheresse du naturalisme florentin. Il se familiarise avec la fresque, la tempera, la peinture à l’œuf et à l’encaustique. À Tolède, il est marqué par l’art du Greco. De retour au Mexique entre 1907 et 1910, il se fixe ensuite à Paris jusqu’en 1940. Artiste prolifique, il est l’auteur de portraits, de compositions religieuses et de scènes de genre, de paysages et de natures-mortes. Pendant la Grande Guerre, il s’intéresse aux courants avant-gardistes, notamment au cubisme, sans y adhérer complètement. Zárraga, qui considère qu’il « est plus aisé de saisir l’homme lorsqu’il travaille, joue ou prie », aborde au début des années 1920, un style néoréaliste, dans des scènes sportives très vivantes faisant l’apologie du football. Ses figures humaines sont souvent empreintes de religiosité et ses œuvres traduisent une forme de mysticisme très ancré dans le folklore mexicain.
On retrouve, dans notre gouache, la première scène d’un Chemin de Croix réalisé vers 1938 par Zárraga pour le Sacré-Cœur de Gentilly, église de style néo-roman et néo-byzantin, où se côtoient le béton armé et les traditions médiévales. Zárraga est chargé du décor aux côtés du sculpteur Georges Saupique et du maître-verrier Jacques Gruber. Pour mener à bien ce chantier, il utilise une peinture à la chaux appliquée directement sur le mur de ciment pour exécuter les fresques représentant le Baptême du Christ, la Résurrection, et le Chemin de Croix composés de quatorze compositions de format carré, d’un mètre de côté chacune. Notre gouache, très aboutie, est un modello destiné à être montré au commanditaire pour recueillir son approbation avant l’exécution du projet final.
Dans notre gouache, figurant la première station du Chemin de Croix, le Christ, représenté frontalement, dans une attitude pacifique et résignée, n’offre aucune résistance aux soldats romains dont la présence est suggérée par quelques lances dressées. Ces derniers, qui le proclament ironiquement « le roi des juifs », l’ont revêtu d’une tunique rouge et ont placé sur sa tête une couronne d’épines. Au second plan à gauche, Ponce Pilate, après avoir été contraint de livrer Jésus pour qu’il soit exécuté, se lave les mains. À droite, la Croix, dans un halo de lumière, se dresse sur le mont Golgotha. Fidèle à la tradition médiévale, Zárraga parvient à synthétiser au sein de cette première composition, toute la Passion du Christ, de sa condamnation à sa mort sur la croix.
L’artiste crée une unité entre les différentes fresques du Chemin de Croix, toutes marquées par une impression de clarté et de précision, et une franche opposition de tons bleus et rouges, sans recours aux effets de clair-obscur. Il privilégie une peinture limpide, sans emphase, faite d’équilibre et de mesure. Ces scènes, à la fois modernistes et didactiques, s’accordent parfaitement à l’architecture épurée et minimaliste de l’édifice. Dans notre gouache, d’une grande minutie, on retrouve ce type de composition structurée par des aplats de couleurs vives, tout comme la sobriété et l’intensité du pathos caractéristiques du peintre.
AD.