Charles Sellier (1830-1882)
Homme lisant
Fusain sur papier, 380 x 270 mm
Cachet d’atelier b.d. (L. 3817)

Provenance:
Collection Eugène Corbin (1867-1952)


Charles Sellier est admis à l’école de peinture et de dessin de la ville de Nancy en 1845. Soutenu par son professeur, Louis Leborne, il se démarque rapidement de ses camarades. A partir de 1849, l’artiste fréquente les cours d’anatomies de l’Ecole Préparatoire de Médecine de Nancy et obtient une bourse qui lui permet d’entrer à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il suit l’enseignement de Léon Cogniet et parvient rapidement à un grand niveau d’habileté comme en témoignent ses portraits de jeunesse où l’on décèle déjà une maîtrise parfaite du clair-obscur. Sellier est remarqué au Salon de 1857 où il expose cinq tableaux dont l’Intérieur de cuisine qui est remarqué pour son étrange atmosphère ténébreuse. Léon Cogniet s’enthousiasme quant à lui pour le portrait de la mère de l’artiste qu’il compare à un Rembrandt. En 1856, Sellier est lauréat du prix Adolphe Moreau. Le Prix de Rome lui est décerné l’année suivante. Lors de son séjour à la Villa Médicis, il se lie avec Gaillard, Carpeaux, Degas et Henner. La forte intensité lumineuse qu’il découvre en Italie change sa perception du monde extérieur et le pousse à employer une gamme chromatique plus large. Il se livre à une série de portraits d’italiens qui témoignent, comme Degas à la même époque, de sa fascination pour l’intériorité de ses modèles.

En 1864, Sellier est de retour à Paris et acquiert une indéniable notoriété. Il reçoit de nombreuses commandes, essentiellement de portraits. Son activité de portraitiste mondain lui assure une certaine aisance financière. Il réalise également quelques grandes compositions et tableaux de chevalet d’inspirations biblique, mythologique et historique ainsi que des paysages. Entre 1865 et 1870, Sellier prend la direction de l’Ecole municipale de dessin et de peinture de Nancy. Progressivement, il s’éloigne de ses mécènes et commanditaires, et multiplie ses séjours à Nancy, avant de s’y installer définitivement et de s’éteindre quelques mois plus tard, en 1882.

Comme souvent chez Sellier notre dessin est caractérisé par un esprit de synthèse poussé à l’extrême. Le modèle se détache d’un fond noir en quelques traits de lumières dans une absolue simplification des volumes. La technique utilisée est très singulière : Sellier mélange son fusain avec de l’eau afin de diffuser le noir sur son papier, donnant à l’œuvre une atmosphère sombre, opaque et mystérieuse propre à l’artiste. Le dessin témoigne de la modernité d’un artiste jouant sur la lumière en véritable précurseur de la technique graphique inventée par Seurat, qui sera reprise par les artistes néo-impressionnistes à la fin du siècle.

Comme nombre d’œuvres de Sellier, notre feuille a appartenu à Eugène Corbin. Grand collectionneur et mécène nancéien des premières années du XXème siècle, il a rassemblé des œuvres des grands maitres de sa région (Claude Gellée ou Jacques Callot) ainsi que des artistes contemporains locaux (Friant, Gallé, Majorelle, Victor Prouvé ou Sellier) avant de léguer une grande partie de sa collection au Musée des Beaux-Arts de Nancy en 1935.

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