Édouard Vuillard (1868-1940)
Femme nue
Vers 1910
Fusain sur papier
310 x 240 mm
Signé en bas à gauche : « E Vuillard »

Édouard Vuillard est élevé à Paris dans une famille modeste. Son père meurt quand il a vingt ans et son frère aîné, Alexandre, quitte tôt le foyer familial en embrassant une carrière militaire. Un an avant d’entrer à l’Académie Julian en 1886, Vuillard commence à fréquenter régulièrement le Louvre et décide de rejoindre l’atelier du peintre Diogène Maillart avec le peintre Ker-Xavier Roussel, qu’il rencontre au lycée Condorcet. Au lycée Condorcet, qu’il quitte pour se consacrer définitivement à la peinture, il fait aussi la connaissance de Paul Sérusier et de Maurice Denis. En juin 1887, il est admis à l’École des beaux-arts de Paris et a pour professeur Jean-Léon Gérôme. Son art est fortement influencé soit par les artistes allemands du XVIIe siècle, soit par les femmes de sa famille, notamment sa mère avec qui il habite jusqu’à la fin de sa vie, sa grand-mère, et sa sœur ainée, qui épousera plus tard son meilleur ami, Ker-Xavier Roussel. Ainsi, il se spécialise dans la représentation de scènes d’intérieur, souvent habitées par des femmes. En 1889, Maurice Denis le convainc de rejoindre le groupe d’artistes dissidents de l’Académie Julian qui se proclame « les nabis ». Bien que réticent à croire que l’objectif du peintre n’est pas de reproduire de façon réaliste le monde — comme l’affirme Paul Sérusier, qui instille l’amour de la méthode synthétiste dans le groupe nabi — Vuillard crée ses premières œuvres synthétistes vers 1890.

Outre son activité de peintre, Vuillard est dessinateur, graveur et illustrateur. Les dessins que l’artiste nous a laissés cristallisent son désir de capturer la spontanéité et l’intimité d’une scène, d’une pose, d’une expression. Comme en témoigne le sculpteur et photographe Antoine Samuel Adam-Salomon (1818 – 1881), « Vuillard ne faisait jamais poser ses modèles, il les surprenait chez eux, dans le décor qui leur était familier ». Notre œuvre fait partie d’une longue série d’études de nus — au fusain, au pastel ou à la peinture — qu’il élabore autour de 1910 dans son atelier du boulevard Malesherbes. Il est probable, bien qu’on n’en ait aucune preuve, que Vuillard ait coupé lui-même la feuille pour ne garder que le mouvement du corps en mémoire. En fait, la pose et la technique employées par l’artiste mettent en évidence le mouvement du corps : le genou plié, les bras croisés sont définis par le biais de traits de fusain fluides d’une grande spontanéité, qui évoquent l’instabilité et le mouvement. Le corps nu de cette femme, dont le thème rappelle la pratique du dessin académique, reste au centre de l’attention sur un arrière-plan indéfini, qui est typique de la période nabi. En regardant notre œuvre, il est clair qu’au tournant du siècle, Vuillard reste toujours attaché aux traditions artistiques apprises au Louvre, tout en étant porteur d’une nouvelle esthétique.
CS.