Ker-Xavier Roussel (1867-1944)
Faune assis jouant de la flûte
Vers 1910
Fusain et craie blanche
225 x 280 mm
Signé en bas à gauche « K X R. »


François-Xavier Roussel, dit Ker-Xavier, est un peintre et dessinateur français. Il naît en Moselle en 1867, mais la défaite de 1871, qui engendre l’annexion de la région par l’Allemagne, conduit sa famille à Paris. Fils d’un médecin, il grandit avec son père et son jeune frère à la suite de la séparation de ses parents. Pendant son adolescence, son appartement est fréquenté par écrivains, peintres et musiciens, et quand Roussel décide de se consacrer à la peinture, son père s’en réjouit. Le lycée Condorcet de Paris, qu’il fréquente depuis 1882, lui donne une formation classique très solide, et lui permet de faire la connaissance d’Édouard Vuillard, de Lugné-Poe et de Paul Sérusier. Il rejoint l’Atelier Maillart en 1885 et suit des cours à l’École des beaux-arts de Paris à partir de 1888, avant d’entrer à l’Académie Julian l’année suivante. À l’Académie Julian, où se forme le groupe des nabis, Roussel et Vuillard rencontrent Bonnard, avec qui, en 1892, ils exposent à La Revue Blanche. De 1894 jusqu’à 1904, Roussel expose régulièrement à Paris au Salon des indépendants, aux galeries Bernheim et Druet, et avec Maillot et Vallotton, qui rejoignent aussi les nabis. Il crée des lithographies importantes en couleur à la demande d’Ambroise Vollard en 1898, et, en 1906, il entreprend un voyage avec Maurice Denis sur la côte méditerranéenne. Ils rendent visite, notamment, à Paul Cézanne à Aix-en-Provence, à Paul Signac à Saint-Tropez et à Henri-Edmond Cross à Cavalaire. Il travaille aussi comme professeur à l’Académie Ranson à Paris en 1908, et réalise plusieurs décorations pour le musée des Champs-Élysées en 1913, pour le musée des Beaux-Arts de Winterthour en 1918 et, plus tard, en 1937, pour le théâtre de Chaillot. Entre 1900 et 1930, Roussel incorpore des sujets mythologiques dans ses scènes jusqu’à la fin de sa carrière.

Notre œuvre s’inscrit dans la série d’études de scènes mythologiques réalisées par Roussel depuis le tournant du siècle. Un jeune faune est représenté assis sur le sol, de trois-quarts, tournant le dos au spectateur. Il joue de la flûte en regardant devant lui, adossé sur une surface arrondie. Les lignes audacieuses au fusain qui définissent le contour du corps jeune et musculeux du faune, sont adoucies par des hachures qui donnent volume aux masses en matérialisant des zones d’ombre. Dans la même manière, les reflets dessinés à la craie blanche confèrent luminosité et allégèrent la composition. Comme le souligne Günther Busch, « il est certain que dans ces scènes, où déesses et dieux, nymphes et amours et toutes les autres figures de la mythologie grecque paraissent dans une ronde amiable, se révèle l’immémoriale aspiration de l’homme à une existence d’innocence qui échappe à l’histoire et dans l’irradiante clarté du bonheur ». Dans notre dessin aussi, le bonheur et la calme règnent.
CS.