Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
Etude pour Eschyle et les Océanides (Décor pour l’escalier de la Public Library de Boston)
Pierre noire sur papier, 21 x 13,5 cm



Pierre Puvis de Chavannes est considèré comme l’un des précurseurs du symbolisme et l’un des pères de l’art moderne pour son influence sur les grands peintres du début du XXe siècle (Matisse et Picasso entre autres). Dans sa jeunesse, il fréquente les ateliers d’Ary Scheffer, Thomas Couture et Eugène Delacroix à Paris. Il subit également l’influence de Théodore Chassériau et découvre l’art des primitifs à travers le classicisme d’Ingres. Il entreprend deux voyages successifs en Italie, en 1846 et 1848, au cours desquels il se familiarise avec les artistes florentins et vénitiens de la Renaissance. Il expose pour la première fois au Salon de 1859 un Retour de chasse qui retient l’attention de la critique. Il reçoit plusieurs commandes pour de grands cycles décoratifs dans lesquels, il traduit des thèmes historiques et allégoriques dans un langage monumental. L’utilisation d’une gamme colorée restreinte, d’une facture maigre et d’une lumière égale et abstraite confère à ses compositions un caractère paisible. Parmi ses commandes les plus prestigieuses citons: l’escalier du nouveau musée d’Amiens en 1861, le musée de Marseille en 1869, le panthéon de Paris en 1874-76, le Palais des Beaux-arts de Lyon en 1883-­86, l’hôtel de ville de Paris en 1892-­94 et enfin, la Public Library de Boston en 1891­-96.

A début des années 1890, Puvis se sentant vieux hésite longuement à accepter la commande d’un ensemble de panneaux pour décorer l’escalier principal de la Public Library de Boston. Un décor qu’il ne pourra jamais voir de ses propres yeux et dont il ne pourra superviser l’installation qu’à distance par l’intermédiaire de son élève Victor Kroos. Il finit toutefois par accepter et conçoit entre 1894 et 1896 un cycle de neuf panneaux monumentaux. Pour Puvis chacune des surfaces à peindre doit être comme le chant d’un poème en l’honneur du monument. Le monument étant une bibliothèque, il choisit des sujets symbolisant les diverses branches du savoir humain : Histoire, Philospohie, Poésie, Science. Les huit panneaux détachés en exprimeront les aspects primordiaux et le grand panneau du palier en représentera la résultante : Les muses inspiratrices acclament le génie, messager de lumière. Les huit autres panneaux seront ainsi divisés :

Sur le mur de droite :

Virgile incarne la poésie des champs
Eschyle et les Océanides la poésie dramatique
Homère couronné par l’Iliade et l’Odyssée la poésie épique

Sur le mur de gauche :

• L’Histoire
•L’Astronomie
•La philosophie

Enfin sur le mur du fond :

•La Chimie
•La Physique



Le panneau pour lequel notre dessin est préparatoire représente Eschyle et les Océanides (Ill.1) : Le Poète Grec Eschyle au premier plan lit un parchemin et contemple Prométhée enchainé à son rocher, l’aigle qui va lui dévorer le foie le surplombant pendant que les Océanides le pleurent en contrebas. Le thème de Prométhée et les Océanides a été très utilisé par les peintres au milieu du 19e siècle, notamment par Léon Bonnat, Gustave Doré ou Henri Lehmann dont la composition de Puvis est fortement inspirée. Comme à son habitude l’artiste a multiplié les études dessinées puis peintes avant de mettre en place sa composition. Notre petit dessin est typique de ce processus au cours duquel Puvis dessine au crayon noir ses figures nues ou habillées à l’aide d’une mise au carreau. On y retrouve le style graphique tardif de l’artiste qui simplifie et épure les formes progressivement au cours de sa carrière. Le dessin est de plus en plus dépouillé, plus rapide et de moins en moins précis mais tout aussi émouvant.

Vendu

Ill.1 – Eschyle et les Océanides. Boston, Public Library