François Lemoyne (1688-1737)
Études de tête, préparatoires à Hercule et Omphale
À gauche :
1724
Sanguine et rehauts de craie blanche sur papier
143 x 100 mm

À droite :
1724
Contre-épreuve retouchée à la sanguine et rehauts de craie blanche sur papier
143 x 100 mm

D’abord élève de Robert Levrac Tournières, époux de sa mère en troisièmes noces, François Lemoyne étudie ensuite dans l’atelier de Louis Galloche. Agréé à l’Académie royale de peinture en 1716, il y est reçu en 1718 avec Hercule et Cacus. Il obtient dès lors de nombreuses commandes de décors et de tableaux religieux. La commande la plus importante de sa carrière, et réalisation majeure, est celle du plafond du Salon d’Hercule au Château de Versailles, pour lequel il peint l’Apothéose d’Hercule entre 1733 et 1736. 
Le résultat de ce chantier lui vaut le titre de Premier peintre du roi, moins d’un an avant son suicide.

Entre 1723 et 1724, Lemoyne fait un séjour de huit mois en Italie avec son protecteur François Berger. C’est pour ce dernier qu’il peint Hercule et Omphale (ill. 1) à Rome entre mai et juillet 1724. Selon le mythe antique, Hercule, après avoir assassiné le jeune Iphitos, fils d’Eurytos, est réduit en esclavage par les Dieux pendant un an. Il est alors vendu par Zeus à Omphale, reine de Lydie, pour effectuer des travaux habituellement dévolus aux femmes. Omphale habille donc Hercule en femme et lui fait filer de la laine, tandis qu’elle revêt les attributs guerriers du héros. Hercule et Omphale deviennent amants. 
Le tableau de Lemoyne est présenté au Salon de 1725 où il remporte un vif succès critique. La célébrité de la composition est assise par sa diffusion à travers l’Europe grâce à une gravure (en sens inverse) exécutée par Laurent Cars. Considérée comme le chef d’œuvre de l’artiste, la toile marque profondément la jeune génération d’artistes qui gravitent autour de Lemoyne, notamment Charles-Joseph Natoire, Jean-Baptiste-Marie Pierre ou encore François Boucher qui peindra à son tour un chef d’œuvre tout en force et en érotisme sur le thème d’Hercule et Omphale.

Conformément à l’enseignement de l’Académie, Lemoyne avait pour habitude de réaliser des dessins préparatoires à ses compositions. À la pierre noire, aux trois crayons ou à la sanguine, les études de détails de Lemoyne sont nombreuses, comme l’indique Dezallier d’Argenville : « de mains, de pieds et de bras, qui font connoître qu’il ne négligeoit rien pour perfectionner dans son art ». Il mûrit ses compositions par étape : « Il dessinait ordinairement les figures d’après le modèle, et les drapait ensuite : on y souhaiterait quelquefois un peu plus de correction. Il est toujours certain que ses fautes produisent de grandes beautés ».

Nos deux dessins étaient vraisemblablement tracés à l’origine sur une seule et même feuille, découpée ultérieurement. L’artiste a d’abord tracé à la sanguine avec des rehauts de craie blanche, la tête du héros regardant vers la gauche. Il a ensuite fait une contre-épreuve pour arriver au sens de la composition finale (ill. 2), qu’il a retouchée. On remarque notamment le raccourci de l’œil caché derrière 
le nez que l’artiste a modifié donnant lieu à une sorte de repentir entre la contre-épreuve et le dessin tracé par-dessus, qui sera conservé dans le tableau définitif. Ce procédé dut être utilisé souvent par cet artiste méticuleux. L’École des beaux-arts de Paris possède une Étude de tête de Christ, proche de nos têtes d’Hercule par ses dimensions, son médium et sa technique ; cette étude est également inversée par rapport au tableau qu’elle prépare. Une contre-épreuve devait l’accompagner.

Trois autres études, toutes aux trois crayons, pour Hercule et Omphale sont connues : une Étude pour le corps d’Omphale est conservée au British Museum, une feuille représentant la Tête d’Omphale est au University Art Museum de Berkeley, et une Étude pour le corps d’Hercule fait partie des collections de l’Art Institute de 
Chicago (ill. 3). Nos deux études inédites, préparant le visage et l’expression d’Hercule, enrichissent ce corpus.
C.S.