Federico Beltrán-Masses (1885-1947)
Étude de nu féminin
Vers 1920
Sanguine sur papier
435 x 345 mm
Signé en bas à droite : « F. Beltrán-Masses »

Né à Cuba en 1885 de parents espagnols, Federico Beltrán-Masses passe sa jeunesse à Barcelone, où il se forme à l’École supérieure de design et d’art, avant de s’installer à Madrid à l’invitation du poète Don Melcior de Palau. Dans la capitale, Beltrán-Masses se consacre à l’étude des œuvres du Prado, qu’il copie assidûment, avant de suivre les cours du peintre Joaquin Sorolla. En 1914, de retour à Barcelone, l’artiste expose cinquante-sept peintures au Salon Parés. En 1915, son portrait La Maja Marquesa, dans laquelle une jeune aristocrate est représentée nue dans une pose provocante, reçoit un avis négatif de la part des organisateurs de l’exposition madrilène. L’affaire le pousse à quitter l’Espagne pour s’installer à Paris en 1916 à l’instar de ses compatriotes Pablo Picasso et Juan Gris. La même année, en Espagne, où sa réputation continue de grandir, le roi Alphonse XIII achète le tableau Noche Galante, lors de son exposition individuelle. Son succès à la Biennale de Venise en 1920 lui assure une réputation internationale : ses œuvres sont exposées à Buenos Aires, Nice, Paris, Londres et New York.

Considéré comme « l’héritier de Boldini » par la presse italienne, l’artiste reçoit de nombreuses commandes, notamment du roi George IV, de Douglas Fairbanks, ou de Rudolph Valentino qui l’invite à Hollywood. En Californie, Valentino introduit Beltrán-Masses dans le cercle étoilé de Charlie Chaplin et 
William Randolph Hearst, qui deviennent de fervents collectionneurs de ses œuvres. Au cours de sa carrière, il peint les portraits de trois rois, d’un pape, ainsi que de nombreuses célébrités et icônes de 
la mode. Les toiles de Federico Beltrán-Masses figurent aujourd’hui dans plusieurs institutions majeures, notamment au Centre Pompidou, au Petit Palais et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía.

Notre dessin représente un fragment de corps nu féminin. Cette feuille au cadrage singulier évoque la perfection marmoréenne d’une statue classique. La conception du nu féminin de Beltrán-Masses concorde avec celle des «  femmes damnées  » développée par Baudelaire dans Les Fleurs du Mal : il la poursuit passionnément dans les modèles serrés, dans les lignes souples, dans les musculatures à la fois robustes et graciles de corps jeunes, glabres et fuselés, onduleux et nerveux. La sensualité qui semble émaner du corps de cette femme, dont Beltrán-Masses n’illustre que la partie la plus intime, exprime la poésie et la délicatesse du désir que l’on perçoit dans certaines toiles de l’artiste, notamment La Maja Maldita (ill. 1). Le langage de ce corps énigmatique dépourvu de tête est intemporel et universel par sa référence à la Statuaire Antique. Coloriste talentueux, Beltrán-Masses utilise des traits onctueux de sanguine et le sfumato pour modeler les formes volumineuses des cuisses, dont la beauté est exacerbée par la représentation de légères imperfections cutanées qui soulignent l’humanité de cette image éthérée. Ce dessin classique au lyrisme romantique exemplifie la vision artistique d’un peintre avant-gardiste ancré dans la tradition picturale des coloristes de la Renaissance vénitienne.
C.S.
Ill. 1 : Federico Beltrán-Masses, La Maja Maldita, 1918, Huile sur toile, 161,5 x 202 cm, Collection particulière