Léon Lhermitte (1844-1925)
Étude de figure et de visage, préparatoire à La Mort et le Bûcheron
1892-1893
Fusain sur papier

322 x 414 mm

Signé en bas à droite : « L. Lhermitte »


Fils d’un instituteur de l’Aisne, Lhermitte dessine dès son plus jeune âge, copiant dans des revues les œuvres des grands maîtres. Il tire sa vocation de peintre des paysans de la vie quotidienne de son enfance dans la campagne picarde. Son goût de l’observation et du dessin précis le pousse à privilégier des sujets modernes. Il représente ainsi les scènes du monde rural qu’il meut parfois en allégories ou sujets historiques. En 1864, il débute au Salon avec l’envoi d’un dessin, avant d’exposer sa première peinture en 1866. En 1869, il voyage en Angleterre où il rencontre Alphonse Legros et ses amis Henri Fantin-Latour et James Whistler. Le début de la reconnaissance vient avec La Moisson, tableau envoyé au Salon de 1874, récompensé d’une médaille de troisième classe, et acheté par l’État pour le musée de Carcassonne. En 1882, La Paye des moissonneurs, monumentale scène visant à élever la peinture de genre au niveau de la peinture d’histoire, retient l’attention du public. Ces succès lui valent plusieurs commandes de décors pour des bâtiments officiels (le nouvel hôtel de ville, la Sorbonne) et certaines fonctions publiques, notamment en tant que membre du jury de plusieurs Prix et Salons. Les honneurs culminent en 1905 avec son élection à l’Académie des beaux-arts.

Notre dessin est une étude pour le tableau La Mort et le Bûcheron (ill. 1), peint en 1892-1893, présenté au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1893, immédiatement acquis par l’État, avant d’être déposé au musée Jean de La Fontaine à Château-Thierry. L’artiste illustre ici une fable de La Fontaine extraite du premier livre, publié en 1668 :

« Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire
C’est, dit-il, afin de m’aider 
À recharger ce bois ; tu ne tarderas guère ».

En adaptant un sujet littéraire plaçant la Mort au centre de la composition avec une dimension fantastique, Lhermitte témoigne de l’ouverture des artistes naturalistes au symbolisme au tournant des années 1890. Le sujet a d’ailleurs été traité par d’autres artistes réalistes, notamment par Alphonse Legros et 
Jean-François Millet. Le catalogue raisonné de Lhermitte répertorie six études en rapport avec la composition, et remarque l’évolution de la représentation du personnage de la Mort, d’abord une faneuse avec sa faux, puis une femme voilée, et enfin un squelette drapé.
AD.
Ill. 1 : Léon Lhermitte, La Mort et le Bucheron, 1892-1893, huile sur toile, 206 x 242 cm, Château-Thierry, musée Jean de La Fontaine.