Brassaï
Étude de femme nue couchée, vue de dos
1944

Crayon bleu sur papier
474 x 269 mm
Signé, daté et localisé en bas à droite : « Paris / le 2 juillet, / 944 / Brassaï »
Cachet de la succession Brassaï au dos : « Succession Estate Brassaï »

Provenance :
Succession Brassaï, Millon, Drouot-Montaigne, Paris, 2-3 octobre 2006
Collection particulière


« Le problème, quand on a plusieurs dons, est de savoir lequel vous exprime le plus totalement ».

Né en 1899 à Brasso en Transylvanie, Gyula Halàsz entame sa formation artistique à l’Académie des beaux-arts de Budapest. En 1921, il s’installe à Berlin où il poursuit ses études à l’Académie des beaux-arts de Charlottenburg et rencontre plusieurs artistes d’avant-garde dont Vassily Kandinsky, Oskar Kokoschka et Edgard Varèse. Il gagne Paris en 1924. D’abord peintre et sculpteur, il vit un temps de journalisme et d’illustrations avant de s’intéresser à la photographie à partir du début des années 1930. Il prend alors le pseudonyme Brassaï en référence à sa ville natale. Le succès est immédiat. Flâneur nocturne, Brassaï s’intéresse dès ses débuts aux quartiers « mal famés » de Paris et à la culture populaire. Il est le premier, dans l’histoire de la photographie moderne, à penser la photo comme un outil pour saisir le quotidien urbain. Son ouvrage, Paris de nuit, où se répondent clochards et belles de nuits, lui vaut une reconnaissance internationale en 1932. Il s’intéresse aussi aux dessins et signes inscrits sur les murs de Paris qui donnent lieu à la série « Graffiti » dans laquelle il met à l’honneur le trivial et l’anecdotique.

À Paris, il fréquente de nombreux artistes et écrivains dont il réalise les portraits : Henri Michaux, Raymond Queneau, Robert Desnos, Jacques Prévert, Georges Braque et surtout Pablo Picasso dont la rencontre est déterminante. En 1933, il est chargé de photographier les sculptures de Picasso pour la revue Minotaure. Brassaï est fasciné par les œuvres du maître mais surtout par le capharnaüm dont il s’entoure, les objets épars et dispersés qu’il considère comme les témoins du génie créatif de l’artiste. De son côté, Picasso se passionne pour les « Graffiti » du photographe. Une relation d’amitié et d’admiration mutuelle s’engage alors entre les deux artistes que Brassaï consignera en 1964 dans Conversations avec Picasso.

Sous l’occupation allemande, Brassaï refuse de demander l’autorisation de photographier et doit abandonner son media favori. Cherchant d’autres moyens d’exprimer son art, c’est sous l’influence de Picasso qu’il retourne à l’un de ses premiers amours : le dessin. En 1945, il expose pour la première fois ses feuilles au public à la galerie Renou et Colle, rue du Faubourg Saint-Honoré. Les dessins tracés pendant la Guerre, à l’instar du nôtre, sont presque exclusivement des nus féminins. Comme dans ses photos, Brassaï s’intéresse aux détails du corps. Ils sont souvent altérés, modifiés et fragmentés, devenant des objets presque surréalistes. Dans son œuvre graphique, il se plait à exagérer les formes des hanches et des fesses de ses modèles, traduisant un goût pour l’art africain auquel Picasso l’initia.
MP.