Nicolas Untersteller (1900-1967)
Etude de cheval pour le panneau représentant la Place Saint-Louis de Metz au Moyen-Age, vers 1932
Sanguine sur papier calque, 55 x 42 cm
Signé b.d « Nic. Untersteller »



Nicolas Untersteller est issu d’un foyer modeste de Lorraine. Il travaille aux bureaux des mines de Wendel et dessine parallèlement, avec un intérêt pour la représentation de physionomies rudes et franches. Une bourse lui est attribuée pour étudier à l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg. En 1923, il entre à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Jean-Pierre Laurens, représentant tardif du naturalisme. Il rencontre à cette occasion sa future femme Hélène Delaroche, peintre de grands décors, alors que lui-même découvre le sens de la grandeur monumentale.

En 1928, son concert champêtre lui vaut le Prix de Rome. Cette œuvre met en scène des nus idéalisés, et fait écho au déjeuner sur l’herbe de Manet. Lors de son séjour à la Villa Médicis, il se familiarise avec l’art de la Renaissance, notamment Giotto, Fra Angelico et Michel-Ange.

De retour en France, il ouvre un atelier à Metz et organise une exposition « Retour de Rome ». En 1932, il reçoit une bourse qui lui permet de séjourner deux ans en Espagne. Il quitte Metz pour Sèvres en 1936. Sa carrière de peintre académique va se caractériser par des commandes de grands décors pour les églises et les espaces publics. Pour ce faire, il investit différents matériaux industriels : la peinture murale, le vitrail en dalle de verre, la peinture sur aluminium ou encore l’émail sur lave. Dans les années 30, il décore l’abbaye de Clervaux du Luxembourg et l’église de Grusnes, Saint Pierre de Chaillot à Paris et l’église d’Etain. Sa carrière évolue progressivement dans une phase de pleine maturité, où il s’éprend d’art roman et du premier gothique. Il est sans doute inspiré par l’édition de l’Art religieux au XIIIème siècle en France d’Emile Mâle.

Il devient successivement professeur dans un atelier de fresque à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1937, puis chef d’atelier en 1941 et enfin directeur en 1948. Parallèlement, il entre à l’Institut et reçoit de nombreux titres honorifiques, notamment Officier de la Légion d’Honneur et Commandeur des Arts et des Lettres.

Il est marqué par la guerre qui lui inspire une série de dessins traduisant le vacarme des sirènes d’alertes. Dans les années 1950, il travaille à l’église Sainte Thérèse de Metz, à la Chapelle rue d’Assas à Paris. Il décore les Chambres du Commerce et de l’Industrie de Boulogne-sur-Mer et du Havre et certains lycées.

Parmi ses œuvres les plus remarquables, on peut aussi citer les décors pour les paquebots Liberté et France (1948 et 1961), les costumes et décors du ballet Hop Frog pour l’Opéra de Paris (1954), la tapisserie de Flore et Pomone des Gobelins (1951), les décors de l’aéroport du Bourget (1947) et ceux de la gare de Grenoble (1967). A côté des grands décors, il peint également des tableaux de chevalet construits sur des accords de bleu, vert et jaune. Les formes sont condensées et marquées d’un cerne noir. Dans le registre plus intime du nu, il oscille entre idéalisation et un rendu charnel et animal de la femme.

Au début des années 1930, Untersteller est très actif à Metz et participe à la décoration de nombreux édifices publics. Notre dessin est préparatoire à une composition de plus grande envergure, la place Saint Louis à Metz au Moyen Age, réalisée en 1932 pour la salle du Conseil de la Caisse d’Epargne de Metz.

Au début des années 1930, l’Hotel du District, ancien corps de garde de la place d’Armes aménagée par l’architecte Jacques François Blondel au XVIIIème siècle, est choisi pour abriter la nouvelle Caisse d’Epargne de Metz (actuel office du tourisme). La municipalité de Metz désigne deux éminents décorateurs, Messieurs Valance et Naneix, pour collaborer au projet d’aménagement de l’hôtel. Dans la salle du Conseil, ils s’imposent un parti de décoration simple pour mettre en valeur les œuvres de deux artistes lorrains, le panneau d’Untersteller et un bas-relief du statuaire Legendre

Notre dessin semble correspondre au cheval à l’extrême droite de la composition d’Untersteller, la croupe massive de l’animal est audacieusement orientée vers le spectateur. Cette massivité semble davantage accentuée dans le dessin, où les muscles saillants sont représentés avec précision. Untersteller n’a pas pris la peine de dessiner la tête du cheval dans l’esquisse; en effet, elle est cachée dans la composition finale par un personnage qui harnache le cheval. Le lien entre ces deux œuvres est évident : la position des membres, l’orientation du cheval et la queue coupée sont identiques. On note aussi la présence d’un culeron, lanière de cuir terminant la croupière, en forme de boucle, à l’intérieur de laquelle passe la queue du cheval. Cette pièce d’attelage est présente dans le dessin comme dans la composition finale.

Ce dessin révèle la capacité d’Untersteller à décrire des types physiques puissants et des attitudes lourdes. A travers la puissance de ce cheval de trait, on ressent l’admiration du peintre pour la force animale. Celui-ci évoque aussi fréquemment dans ses œuvres le monde du travail et la dureté de cet univers.

Quelques rares esquisses de cette qualité sont aujourd’hui conservées. On reconnaît l’excellence du dessin dans des études de mains et de pieds réalisés également dans le courant des années 1930 par Untersteller.

Untersteller utilise la texture du papier calque pour écraser le pigment pur de la sanguine. Il obtient ainsi un effet lisse et onctueux, qui s’apparente à celui de la peinture à l’huile. La douceur et le fondu des ombres et des nuances évoquent le sfumato de Léonard de Vinci.

Nicolas Untersteller s’inscrit dans un moment de retour à l’ordre, où la leçon classique apparaît comme le salut après la seconde guerre mondiale. Sa composition finale, comme un grand nombre de ses décorations, est imprégnée par la sévérité des maîtres du quattrocento. En effet, par sa composition assez stricte et sa perspective limitée, sa peinture marouflée révèle les plus grandes qualités de compréhension de l’art de la fresque. Untersteller exploite les acquis de son récent séjour italien, où il a eu l’occasion de copier Michel-Ange, Taddeo Zuccarro et les fresques du Palais Farnèse. La monumentalité des figures renvoie à Pierro de La Francesco et à Masaccio. Ses chevaux épais, géométriques et figés ne sont pas sans rappeler ceux de Paolo Ucello dans ses différentes versions de la bataille de San Romano.

Vendu

Ill. 1 : Nicolas Untersteller, la place Saint Louis à Metz au Moyen Age, Musées de Metz
Ill. 2 Salle du Conseil de l’ancienne Caisse d’Epargne à Metz en 1932
Ill. 2 Salle du Conseil de l’ancienne Caisse d’Epargne à Metz en 1932