Melvil Poupaud (né 1973)
Crâne
2016
Bic noir sur vélin
403 x 280 mm
Signé et daté au dos : « Melvil Poupaud / 2016 »

Au 16e siècle, les moines du cimetière des Capucins de Palerme entreprennent de vider la fosse commune et découvrent une quarantaine de cadavres momifiés. Y voyant une intervention divine, les moines changent leur mode d’inhumation et prennent pour habitude de momifier les défunts pour les conserver dans la crypte de l’église. Les corps sont alors disposés debout, pour être levés le jour de la résurrection. Au 17e siècle, cette coutume s’étend aux aristocrates et aux bourgeois locaux qui embaument leurs morts dans la crypte. Cette pratique devient un effet de mode au siècle suivant et les cadavres y sont installés dans leurs plus beaux habits. À partir du 19e siècle, cette sépulture étrange devient une curiosité touristique, qui perdure encore aujourd’hui ; les catacombes de Palerme sont un des lieux les plus visités de Sicile.

« Ce sont des dessins que j’ai fait au stylo Bic (je dessine toujours au Bic). Ils font partie d’une série inspirée de crânes que j’ai vus au printemps dernier, aux Catacombes des Capucins, à Palerme. C’est un endroit hallucinant dont Maupassant a parlé. Les moines avaient développé une technique d’embaumement aussi mystérieuse qu’efficace. Beaucoup de bourgeois trouvaient très chic, à l’époque, de finir comme ça. Aujourd’hui, exposés les uns à côté des autres, ils font moins les malins… ».

Comme l’explique l’artiste, ce dessin fait partie d’une série de douze feuilles tracées d’après des crânes et des têtes décomposées observés dans les catacombes du couvent des Capucins de Palerme. Ils sont dessinés au Bic noir, médium familier «  depuis les cahiers d’école  », sur papier vélin. Le vélin est un type de parchemin, apparu à la fin du Moyen Âge et créé à partir d’une peau de veau ; il est plus lisse et plus fin qu’un papier traditionnel, ne laissant apparaître aucune vergeure. L’association originale du Bic et du vélin engendre « une alchimie particulière, presque photographique, donnant l’impression d’une matière vivante, organique, miroitant comme une vieille plaque photo », explique le dessinateur. Les dessins témoignent de sa technique nerveuse et puissante, qui jugule la pression du stylo sur la feuille pour définir les zones d’ombre et de lumière, avec plus ou moins d’intensité. La réflexion de la lumière sur l’encre induit des variations monochromatiques subtiles, passant du noir au violet selon le regard.

Melvil Poupaud est un artiste, acteur, réalisateur, musicien et dessinateur français. Il vit et travaille à Paris.
C.S.