Albert Marquet (1875-1947)
Autoportrait
Vers 1905-1910
Pinceau et encre de Chine sur papier
253 x 209 mm
Signé en bas à droite : « marquet »


Albert Marquet entre en 1892 dans l’atelier de Gustave Moreau à l’École des beaux-arts de Paris. Il y rencontre Henri Matisse, avec lequel il entretient une amitié indéfectible tout au long de sa vie. Leur maître, intelligent et sensible, n’hésite pas à les laisser s’échapper pour aller dessiner sur le motif et donner libre cours à leurs aspirations artistiques novatrices. Attentif à la leçon des impressionnistes, Marquet peint dès 1897 des paysages colorés annonciateurs du fauvisme. Il expose cinq toiles dans la salle VII du Salon d’Automne de 1905, qualifiée par Louis Vauxcelles de « cage aux fauves » et qui marque l’avènement du courant éponyme. De 1905 à 1907, il prend une part active au mouvement dont il retient les caractéristiques essentielles : la simplification des formes, une autonomisation relative de la couleur et l’apparence d’improvisation rapide. Harmoniste plus que coloriste, sa gamme est plus sourde que celle des autres artistes du groupe. S’il joue avec la couleur dans ses petits tableaux croqués à Paris et en banlieue aux côtés de Matisse au début du XXe siècle, ou en Normandie en 1906 avec Raoul Dufy, Marquet s’éloigne rapidement des couleurs pures pour rechercher une harmonie tonale afin de montrer l’essentiel. Il veut simplifier les sujets avec justesse et équilibre, pour « peindre comme un enfant sans oublier Poussin ». Ces éléments confèrent à ses tableaux et dessins une sobriété quasi synthétique.

Celui que Matisse appelait « notre Hokusaï » a laissé un nombre considérable de dessins et de pastels. Si le portrait n’occupe pas la place la plus importante de l’œuvre de Marquet, son corpus graphique laisse apparaître de nombreux autoportraits et portraits d’amis. Il exécute ces croquis, pris sur le vif, à l’aquarelle ou à l’encre de Chine. Sans repentir, Marquet se plaît à noter, en quelques traits caractéristiques, les gestes du quotidien, les habitudes qui déterminent une personnalité. Ses portraits du début des années 1900 font apparaître, comme le nôtre, une grande similarité avec ceux de Matisse : utilisation de l’encre de Chine comme média privilégié, exécution rapide sur le motif, synthétisation du sujet (ill. 1).

C’est à cette période que nous pouvons situer notre dessin. Avec humour et désinvolture, Marquet se représente de face, le regard droit cerclé de ses fines lunettes ovales caractéristiques (qu’il troque au début des années 20 pour une paire à monture ronde) posées en équilibre sur l’arête du nez qui vient plonger dans une moustache. Les traits sont à peine esquissés, l’artiste retient les grandes lignes de l’architecture de son visage, réduit le reste de son anatomie à l’essentiel et n’hésite pas à se présenter sans fard, avec une mine quelque peu déconfite. « Marquet ne pose pas, il s’observe et se regarde comme il observe et regarde la fenêtre, le mur, le ciel » explique Francis Jourdain en analysant les autoportraits du peintre. Notre belle feuille se distingue toutefois des autres autoportraits de l’artiste par sa grande taille, contrastant avec les formats minuscules qu’il utilise généralement pour croquer son portrait.
MP.
Ill. 1 : Henri Matisse, Mon portrait, vers 1900, pinceau et encre de Chine sur papier, 240 x 190 mm, collection particulière.