Giacomo Balla (1871-1958)
Autoportrait
1945

Crayon sur papier
374 x 277 mm
Signé en bas à gauche : « Auto Balla »

Provenance :
Collection Luce Balla (1904-1994)
Collection particulière

Bibliographie :
Balla, disegni, studi, bozzetti, Studio d’Arte Moderna SM13, 1971, catalogo, Roma, p.16
Giacomo Balla, Luigi Marcucci, Quadreria, p. 60
Giacomo Balla Futuriste, catalogue général de l’œuvre, vol.2, l’Âge d’homme, Lausanne, 1984, p.289, n°1357

Exposition :
Balla, disegni, studi, bozzetti, Studio d’Arte Moderna SM13, Rome, 22 Mars-14 Avril 1971



Après avoir suivi des cours du soir de dessin et étudié à l’Accademia Albertina de Turin, sa ville natale, Giacomo Balla s’installe à Rome en 1895. D’abord paysagiste, il peint dans les années 1890 des œuvres influencées par le divisionnisme à dimension sociale de Giuseppe Pelizza da Volpedo qu’il rencontre dans la capitale italienne. En 1900, il se rend à Paris pour voir l’Exposition Universelle et reste sept mois dans la ville où il découvre l’œuvre des impressionnistes et post-impressionnistes français. L’approche analytique et scientifique des pointillistes le passionne et lui permet de mener ses premières études sur la lumière. Il abandonne alors la dimension symbolique héritée de Pelizza da Volpedo et se concentre sur un divisionnisme pur.

Balla occupe rapidement une place centrale dans l’univers artistique romain et accueille dans son atelier de jeunes artistes hostiles à l’académisme dont Gino Severini, Umberto Boccionni et Mario Sironi. Avec eux, il signe en février 1910 le Manifeste des peintres futuristes, puis le Manifeste technique de la peinture futuriste mais ne prend pas immédiatement part à ce courant, continuant de moderniser sa touche divisionniste (ill. 1) pour développer un style futuriste très personnel. Entre 1911 et 1912, il étudie la décomposition du mouvement en observant le trajet d’automobiles lancées à pleine vitesse. Son étude de plus en plus approfondie du dynamisme, de la couleur et de la segmentation de la lumière fait évoluer sa peinture vers des compositions géométriques abstraites (ill. 2).

Absent des premières expositions futuristes, il y prend part pour la première fois en 1913. Il déclare alors : « Balla est mort, ici on vend les œuvres de feu Balla » en proposant aux enchères ses œuvres figuratives. Au cours des années suivantes, il s’intéresse au Design, c’est-à-dire à la création d’éléments de décoration, d’objets, de tissus ou vêtements visant une fusion totale des expressions artistiques. Il devient alors une des figures principales du futurisme et participe à toutes les expositions et manifestations du groupe. À partir de 1925, ses compositions abstraites alternent avec des œuvres plus figuratives. Ses rapports avec les futuristes se distendent progressivement jusqu’à une rupture finale et officielle en 1937. Il déclare alors : « l’Art pur est dans le réalisme absolu, sans lequel on tombe dans des formes décoratives et ornementales ».

Ce retrait du mouvement marque le début d’une période de repli sur soi pour l’artiste. Considérant le futurisme comme une expérience pleinement vécue et dépassée, Balla revient à une peinture figurative exercée pour elle-même et libérée de toute considération théorique. Son œuvre se partage alors entre paysages et toiles intimistes. La solitude dans laquelle l’artiste s’enferme, donne lieu à une longue introspection et le pousse à multiplier les autoportraits. Il se représente dans différentes postures, cherchant à saisir les états d’âme qui l’animent (ill. 3).

Dans notre dessin, il choisit de se portraiturer en peintre, le crayon à la bouche, mais divise son visage en deux, n’esquissant que légèrement la partie gauche de sa face comme si celle-ci se trouvait dans l’ombre. Au crépuscule de sa carrière, cette scission fait écho à l’aspect bipolaire de son œuvre : d’un côté le futurisme innovant et de l’autre la figuration classique à laquelle il revient. Le regard intense de son œil droit et le sourire, presque grimaçant, semblent se moquer de l’œuvre laissée derrière lui pour embrasser sa nouvelle vocation. La discordance de son œuvre est également évoquée par la signature apposée par l’artiste : « Auto Balla » en opposition à ses créations futuristes qu’il signait « Futur Balla ». Cette signature, qui apparaît sur quelques rares autoportraits à partir de la fin des années 1930, joue aussi sur les mots et double-sens : « Auto balla » se traduit « je danse seul » en italien.
AD.
Ill. 1 : Giacomo Balla, Jeune fille multipliée balcon, 1912, huile sur toile, 125 x 125 cm, Milan, Galleria d’Arte Moderna.
Ill. 2 : Giacomo Balla, Vitesse de motocyclette, 1913, vernis sur papier entoilé, 68 x 97 cm, collection particulière.
Ill. 3 : Giacomo Balla, Autoportrait, huile sur toile, 60 x 50 cm, Collection particulière.