Charles Milcendeau (1872-1919)
Annette Clemenceau dans un intérieur
Fusain, gouache et pastel sur papier
308 x 228 mm

Provenance :
Collection Albert Clemenceau (1861-1955) et Marthe Clemenceau-Meurice (1863-1955)
Collection Richard Langlois-Berthelot (1893-1974) et Annette Langlois-Berthelot (1895-1979)
Par descendance


Né en Vendée en 1872, Charles Micendeau est un dessinateur très précoce. Après de brèves études à La Roche-sur-Yon puis à Nantes, son père l’encourage à exploiter ses dispositions pour le dessin et l’envoie à Paris où il entre dans l’atelier de Gustave Moreau.
Il rencontre alors Georges Rouault, Henri Matisse, Albert Marquet et surtout Henri Evenpoel. Sur invitation de ce dernier, il voyage en Belgique et en Hollande où il découvre l’œuvre des maîtres du XVIIe siècle. Les scènes d’intérieur des frères Van Ostade et d’Adrian Brouwer le fascinent et l’inspirent. Ces découvertes, ainsi que ses nombreux allers et retours entre Paris et sa Vendée natale, le poussent à s’intéresser à la représentation du monde paysan. Il commence par dessiner les portraits des clients de l’auberge de son père et des habitants de son village, puis évolue vers des compositions plus complexes : intérieurs paysans, scènes de plein-air et quelques paysages. Il dessine en anthropologue du monde paysan, qu’il n’hésite pas à vulgariser. Pour singulariser cet univers, il accentue la grossièreté des traits de ses modèles, mais surtout leur insuffle une sorte de timidité violente. Milcendeau expose pour la première fois au salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1896 et participe au Salon de la Rose + Croix en 1897 avant sa première exposition personnelle à la galerie Durand-Ruel en 1898. En 1901, il voyage en Espagne où les couleurs du sud le marquent durablement et l’invitent à revoir ses perspectives. Il devient progressivement coloriste en s’initiant au pastel, puis à la peinture à l’huile à la fin de sa vie. À partir de 1910, des problèmes de santé l’obligent à se retirer dans sa terre natale où il meurt en 1919.

Au tournant du siècle, Milcendeau cherche à se détacher de son image de peintre rustique et réalise quelques portraits mondains. Il représente ainsi ses amis artistes, ses mécènes et répond à plusieurs commandes. Ses sujets prennent place dans des intérieurs gardant toujours une certaine sobriété. Le degré d’intimité variant en fonction de la proximité de l’artiste et de son sujet. Lorsqu’il représente les enfants de ses amis, Milcendeau n’hésite pas à introduire une certaine fantaisie en les représentant dans un univers presque surréaliste inspiré de l’imaginaire enfantin (ill. 1). Dans notre dessin, il représente la jeune Annette Clemenceau, filleule de Georges Clemenceau, debout dans un intérieur, entouré d’une myriade de petits animaux rappelant les contes pour enfants. Vendéens de naissance, Georges et son frère Albert Clemenceau, étaient de fervents collectionneurs de l’œuvre de leur compatriote. Albert Clemenceau possédait plusieurs dessins de l’artiste, dont cette œuvre touchante représentant sa fille.
AD.
Ill. 1 : Charles Milcendeau, Portrait de Jean Launois dans sa chaise haute, 1900, fusain et mine de plomb sur papier, collection particulière.