Alphonse Legros (1837-1911)
La Charrue
1874
Plume et lavis d’encre brune sur papier
285 x 305 mm
Signé en bas à droite : « A. Legros »

Alphonse Legros naît à Dijon en 1837. Il s’installe à Paris avec sa famille au début des années 1850 où il entame sa formation d’artiste auprès de Jean-Baptiste Beuchot puis suit les cours du soir de l’École des beaux-arts. Il débute au Salon en 1859 avec L’Angélus mais expose également au Salon des Refusés à partir des années 1860. Ses premières œuvres, marquées par le courant réaliste initié par Gustave Courbet, mettent en scène la spiritualité et le recueillement de la vie religieuse dans les campagnes.

En 1863, sur invitation de James McNeil Whistler dont il est l’intime, Legros voyage à Londres où il se marie et s’installe définitivement un an plus tard. Dans la capitale britannique, il enseigne à la Slade School of Art de 1876 à 1893 et se fond dans la vie artistique locale. Il est immédiatement accueilli par le groupe des Préraphaélites avec qui il partage le goût pour l’étude des maîtres anciens et l’intérêt pour le dessin. S’inspirant principalement des œuvres de Léonard de Vinci, Lorenzo di Credi et des élèves d’Andrea del Verrochio, il dessine d’après le modèle vivant des portraits empruntant la technique, les poses, les expressions et la douceur de ces illustres maîtres. Il s’essaye alors au dessin à la pointe d’argent et contribue au retour de cette technique héritée de la Renaissance. Son influence sur les arts graphiques anglais de la fin du XIXe siècle est considérable.

Il promeut notamment la gravure, qu’il transmet à toute une génération de jeunes artistes à travers son enseignement, initiant un mouvement de « renouveau » de l’estampe anglaise, porté notamment par ses élèves William Strang et Charles Holroyd. Legros est un graveur hors pair : il représente dans ses eaux-fortes et pointes sèches, des scènes d’inspiration réaliste, mettant en scène la vie des campagnes. Il dépeint souvent des paysans accablés par le labeur quotidien, tout en leur insufflant spiritualité et noblesse. Notre dessin peut être mis en relation avec une eau-forte de 1874 (ill. 1), montrant un paysan s’arrêtant pour réparer la roue de sa charrue. Si la gravure est naturaliste et descriptive, notre dessin est bien plus puissant et poétique. Le cadrage en hauteur met en évidence le ciel tumultueux évoquant un orage proche et rendant impératif le succès de l’entreprise du paysan. L’horizon, laissant apercevoir le chemin qu’il reste à parcourir, renforce la dramaturgie et l’aspect métaphorique de la scène.
Ill. 1 : Alphonse Legros, La Charrue, 1849, eau-forte sur papier, 352 x 240 mm.